RSS
RSS

Nous manquons de membres dans le Conflans, les Îles de Fer et le Val d'Arryn.
Les points de "régions dépeuplées" iront aux personnes de ces régions.

Hoster Tully, Maege Mormont, Jon Arryn, Quellon Greyjoy
, Robert Baratheon et Doran Martell sont très attendus.

Partagez|

What goes around...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité

Message Sujet: What goes around... Mer 5 Juil - 18:06


… Comes around.

Robert Baratheon & Sheerhan Reed



Avec une extrême paresse, les rayons solaires s’extirpent difficilement de la brume matinale tombée sur Harrenhal. Avec lui ne tarderont pas à se lever les seigneurs les plus précoces, quand les autres flemmarderont quelques heures encore. Au turbin depuis longtemps déjà, les domestiques, pour leur part, grouillent, fourmillent d’agitation. Qui court là pour le pain, qui se rue ici pour le linge, qui se presse là-bas pour le gibier… De la fenêtre de sa chambre, Sheerhan a toute la largesse du monde pour les observer, et déplorer de ne pouvoir se joindre à eux.

Arrivée la veille avec la délégation du Nord, elle fait partie des quelques privilégiés à avoir été logés dans le château même, le reste des invités devant camper près des remparts, et donc de la lice. Le fait étant que la Reed a beau chercher, elle peine à trouver où se trouve le privilège de s’être vu attribuer une chambre à peine restaurée des dégâts causés par les dragons, trois siècles auparavant… S’il n’y avait eu qu’elle, elle camperait dans la forêt avoisinante, loin de la foule. Malheureusement, elle est un faire-valoir ici, rien de plus. Bien sûr, aucun des Stark n’a jamais considéré, que ça soit son frère ou elle, de la sorte, mais aux yeux des puissances en présence, c’est ce qu’ils seront. Sheerhan s’en moque. Tant que l’attention est concentrée sur la famille forte du Nord, elle-même passe inaperçue, ce qui lui convient parfaitement. Howland, s’il supporte bien mieux la pression qu’elle, tire selon elle également une grande source de paix que de pouvoir se placer en observateur plutôt qu’en décideur.

Assise sur le rebord de la fenêtre, une jambe dans le vide, la jeune femme soupire. Lyanna, Berena et Lorra doivent encore dormir. Pour sa part, elle désirerait aller prendre l’air. Depuis une heure au moins elle se demande à quel point elles seraient fâchées qu’elle découvre leur nouvel environnement sans elles… Et en vient à se dire qu’elles ne le seront probablement pas. Après tout, elles ont l’habitude qu’elle fasse sa vie sans elles, et elle devrait être rapidement revenue. A tout le moins, suffisamment rapidement pour que son absence ne porte pas préjudice aux Stark… De toute façon, elle doute d’avoir la moindre influence à quelque niveau que ce soit sur leurs vies.

Ayant pris sa décision, la femme des crannogs quitte son promontoire, descend du rebord de la fenêtre pour revenir toute entière dans sa chambre. Pendant plusieurs minutes, elle hésite quant à la tenue à adopter. Si elle s’écoutait, elle n’enfilerait que son armure quotidienne, mais la bienséance et les usages protocolaires l’obligeraient à remonter pour se changer, et être respectable. D’habitude, elle n’y accorderait pas d’importance, mais la veille, ce n’est pas elle qu’on a apostrophée quant au caractère incongru de sa tenue, mais les Stark eux-mêmes. L’expérience lui ayant été suffisamment pénible comme cela, elle décide de ne pas donner l’occasion à d’éventuels détracteurs de recommencer et choisit une tenue compromis, un intermédiaire entre ce qu’elle aime, et ce qu’il convient de porter.

Rien à faire, il lui est impossible de ne porter qu’une robe, aussi commence-t-elle par enfiler un pantalon. Dessus, elle enfile une sorte de sous-robe légère vert mousse aux manches évasées à partir du coude, dont la jupe a été fendue en différents pans, afin de lui garantir une liberté de mouvement optimale. Par-dessus, elle s’enferme dans un corset de cuir, et finit par passer ses bottes. Question d’habitude, elle attache sa dague à sa ceinture, et ne prend pas la peine de coiffer ses longues boucles brunes. Fin prête, elle quitte sa chambre le plus discrètement possible et s’empresse de quitter les couloirs du château. Avant de trouver la sortie, elle se perd plusieurs fois, malgré son excellent sens de l’orientation, et termine son périple aux cuisines, ce qui lui va parfaitement. Présentant agréablement au personnel, ils ont la gentillesse de lui donner quelques petites choses à grignoter, et c’est tout discrètement qu’elle peut quitter l’imposante bâtisse.

~~~


C’est bien trois bonnes plus tard qu’elle s’en revient au château, réveillé, frais et dispo. A la valse des servants s’est ajoutée la danse des nobles, qui ont tôt fait de les écarter de leur chemin, qu’ils évitent adroitement. En voyant tout ce monde, Sheerhan, frappée d’hésitation, se cache derrière un arbre. Son cœur, mal à l’aise, s’est emballé. Il angoisse des choses qui ne se passeront pas… ça n’arrivera pas, ça n’arrivera pas… se rassure la Reed, autant qu’elle le peut. Après tout, quel est le pourcentage de chances qu’on la reconnaisse et qu’on vienne lui demander quoi que ce soit ?

Inspirant un grand coup, la jeune femme se redresse. Mentalement, elle tente de se donner du courage, du cran. Elle est Sheerhan Reed, fille de Joren Reed, sœur d’Howland Reed, famille vassale des Stark, à la tête du Neck. Elle a toute la légitimité de son nom pour être ici. La tête haute, elle sort de sa cachette et plonge dans le feu de l’action. Au début, tout se passe comme des roulettes. Personne ne prête attention à elle, chacun étant trop absorbé par sa conversation. Se sentant bientôt tirée d’affaire en discernant la porte d’entrée du château, Sheerhan s’autorise un sourire… « Lady Sheerhan ! » qui se fâne instantanément. Tournant vivement la tête vers la personne qui l’interpelle, elle est tentée de prendre la fuite sans tarder, et est douloureusement rappelée à l’ordre par ses impératifs sociaux… Ainsi que par la peur, qui la paralyse. Se mettant à trembler comme une feuille, elle empoigne ses mains pour se donner une contenance et cacher son malaise, malgré le blanchissement de ses jointures. « Bonjour Ser Ethon. Comment allez-vous ? » Personne agréable, le chevalier et elle avaient fait connaissance lors de l’un de ses passages à Tertre-Bourg. Le problème étant qu’il n’était pas seul, mais entouré de plusieurs dames et sers, tous affichants de larges sourires.

Il a à cœur de faire les choses en règles, et y excelle. Les présentations, sous sa tutelle, sont menées de main de maître, ainsi qu’une véritable pénitence pour Sheerhan, qui gratifie d’un sourire coincé ces gens dont elle a oublié le nom avant même qu’il ne soit prononcé. Quand arrive son tour, ainsi que la révélation de sa province d’origine, elle entend plusieurs « Ooooh ! » surpris, voire choqués, ainsi que quelques murmures pas si discrets « C’est donc ça, son teint un peu vert… Je pensais qu’elle était malade… » Malade, ça oui. Aculée, la Reed sent la panique naître au creux de son ventre et remonter pour lui nouer la gorge. Pire encore, leur petit groupe ayant attiré l’attention, d’autres badauds viennent se mêler à l’ensemble, ajoutant au malaise de Sheerhan qui sent ses jambes prêtes à faiblir. Elle esquisse un mouvement de recul et ferme les yeux, priant pour disparaître, là, tout de suite…
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Invité

Message Sujet: Re: What goes around... Lun 10 Juil - 3:00

What goes around comes around
Sheerhan & Robert
When you get older, plainer, saner ; when you remember all the danger we came from, burning like embers, falling, tender ; long before the days of no surrender ; years ago and well you know.

« Robert… Robert, entends-tu les chants de guerre ? Ces voix hargneuses et vibrantes dans l’air, tout imprégné du fer et du sang ? Elles viennent susurrer à ton oreille alerte des mots si doux, si prenants… Le chœur harmonieux célèbre tes exploits : le divin Baratheon, s’élançant sur les plaines sanguinolentes ; le bras dressé, fort et musculeux, portant son marteau de guerre vers les cieux ; une arme limpide et rougeoyante, ornée des marques mortifères. Les voix te nomment le « Cerf psychopompe », car ainsi pourvu de ton terrible marteau, tu accompagnes les âmes jusqu’à l’au-delà. Jusqu’au néant ; dans les abysses de l’Orage, frémissantes et béantes. Toi-même, fils de l’ombre crépusculaire qui ondoie sous les traits supérieurs du Soleil ; vêtu de ton armure noir et or. Robert, souverain d’Accalmie, tu sèmes un vent de panique ; au dessus de toi, seul le ciel et les Sept. La voute céleste se trouble, et noircissante, sublime tes prouesses guerrières et barbares. Les cadavres par centaines jonchent sur le sol ; une terre transformée en mer pourpre. Entre les zéphyrs rageurs, balayant les corps tombés, la mélopée s’intensifie : ton visage victorieux se crispe, s’unissant au masque sépulcral. Robert… Robert… Tu as cessé d’être, sinon un monstre de rage aveuglé par ses émotions, harassé et battu par ses ardeurs démesurées. Un Dieu ! Un Dieu ! Peut-être, ici et maintenant ; mais lorsque les flots se retireront, emportant les macchabés ; quand tu ôteras heaume, cuirasse, haubert, spalière, et jambière, il ne restera plus que toi. Rien. Une chimère. Un simulacre d’homme, aliéné, hanté par des désirs insensés. Robert… Prends garde à toi, gloire et déchéance sont les faces d’une même pièce ».

Robert Baratheon s’extirpe de sa torpeur ; ouvrant les yeux, encore voilés par le sommeil, il se redresse d’un coup. Le torse haletant, la gorge sèche, le jeune Cerf essaie de calmer son cœur battant. Il avale péniblement sa salive, alors que les souvenirs du songe subsistent en son esprit. Son ventre est noué. « Bon sang… ». Quel réveil. Les yeux pers du chevalier errent sur les draps défaits, avant de contempler le reste de la chambre. Il se sent si seul parfois… Se demande si c’est là une faiblesse de sa part. Son père a t-il jamais douté ? N’a t-il jamais confié ses angoisses à un cœur loyal ? Le jeune souverain d’Accalmie se retrouve ainsi déchiré entre ses envies, ses ambitions, et la réalité, marquée de ses craintes. Il oscille d’un extrême à l’autre : se croyant indestructible, alors qu’il se nourrit des murmures béats et des louanges : « Le digne fils de feu son père ! Fort, robuste ! Un vrai combattant. Promis à des hauts faits ! ». Et de temps à autre, une voix crépusculaire surgit… Si similaire à la sienne : « Incapable. Trop immature ! Qui es-tu, sans ton marteau ? Sans la puissance coulant en tes mains ? Ou bien, n’es-tu que cela… un meurtrier ? S’abreuvant de sang et des plaisirs de la chair ? Et entre tes lèvres entrouvertes tu inondes ta gorge, déjà baignée de sang, des effluves aliénants du vin ; quel homme, vraiment… ». Le Cerf ferme les paupières, cherchant la quiétude du silence ; l’aube vient à peine d’étendre son voile nacré sur Harrenhal. Robert choisit de se lever ; il préfère éviter de sombrer dans un sommeil agité, qui ne lui offrirait aucun repos. Il s’occupe pendant de longues minutes à sa toilette, prenant le soin de déverser à maintes reprise de l’eau sur son visage. Il aperçoit son reflet dans la bassine ; il se reconnaît à peine dans l’image renvoyée, imprécise et ondulante.

Le suzerain des Terres de l’Orage, après avoir croisé l’un de ses conseillers au détour d’un corridor et s’être entretenu avec lui de quelque affaire, s’en va pour les écuries. Il fait préparer son destrier, nommé Frimas en raison de la blancheur de sa robe. Robert n’a jamais été très proche des animaux, chevaux compris ; à Accalmie, ses déconvenues avec Frimas sont célèbres. Impatient, imprévisible, il ne possède pas les qualités requises pour être un habile cavalier. Non pas qu’il soit piètre, il est… passable. Assez pour se frayer un chemin dans le combat ; et même là, il préfère se mettre à pied pour se jeter à corps perdu dans la mêlée. Un vrai combat, pour le Baratheon, suppose un corps à corps : deux adversaires, munis de leurs armes de prédilection. Avec le temps, il semble que le chevalier et sa monture soient parvenus à une sorte de… compromis. Il éprouve donc une certaine affection pour la brave bête, qui daigne porter ses nombreux kilos d’un bout à l’autre du royaume. Rien que cela requiert un semblant de respect, non ? Robert presse une main affectueuse sur l’encolure de Frimas, avant de presser son flanc de ses cuisses. Le duo s’élance dans le petit matin, dont la fraîcheur entoure le jeune Cerf, agissant comme un baume ; l’esprit plus clair, concentré sur sa tâche – soit mener tant bien que mal sa monture tout aussi impétueuse que lui –, il respire de longues bouffées d’air. Le temps défile, le paysage également. Comme le souverain de l’Orage ne souhaite pas fatiguer Frimas plus que nécessaire, d’autant qu’il entend participer aux joutes, il prend le chemin du retour.

Fort refait de sa petite déambulation matinale, le jeune Cerf affiche un sourire serein. Cela ne veut pas dire que ses « tourments » soient oubliés ; se réaliser est une affaire de longue haleine, et Robert avance pas à pas, sans se brusquer. Se dirigeant vers l’entrée du château pour rejoindre ses quartiers, il aperçoit une petite assemblée. Le Baratheon se retient de lever les yeux au ciel ; il croyait naïvement avoir encore un peu de temps avant d’entamer le jeu des courbettes et des bons mots. Et avec sa taille, impossible de passer inaperçu. Non pas que le souverain se réduise à filer comme un voleur… bien sûr. Prenant une bonne inspiration, le chevalier arrive aux abords du groupe ; son œil sibyllin reste alors captif d’une silhouette, familière. Il entend alors le nom de « Sheerhan Reed ». Arquant un sourcil stupéfait et amusé, le Cerf se racle la gorge pour signaler sa présence. « Ah, Lord Baratheon ». Après les salutations et les courtoisies d’usage, Robert se permet une intervention. S’adressant à la Nordienne, dont le visage déconfit trahit son malaise : « Lady Reed, c’est bien cela ? Vous me voyez ravi de faire enfin votre connaissance. J’ai le plaisir d’avoir croisé votre frère, il ne manquait plus que vous ! Et d’ailleurs, vous trouver ici est une aubaine : je me suis promis d’échanger avec Howland au plus tôt de mon arrivée. Pourrai-je abuser de votre temps, pour m’indiquer où il se trouve ? J’ose avouer que je me perds encore dans le dédale des couloirs… ». Un sourire faussement embarrassé gracie les traits du Baratheon, qui tend son bras à Sheerhan. « Je vous en suis reconnaissant ». Il s’excuse auprès des autres membres de la ronde, s’éloignant en charmante compagnie des regards inquisiteurs. Et dans un murmure, échappé tout près de l’oreille de la Nordienne : « Ma Dame, nous voilà désormais quittes. Pardonnez ma franchise, mais vous semblez fort pâle. Que puis-je faire pour vous ? ». Le chevalier tient fermement la jeune femme, qui semble si légère et prête à défaillir au moindre moment. Il aperçoit non loin un petit banc, niché au détour d’une tourelle à l’écart. Il y fait asseoir lentement sa compagne. De ses yeux inquiets, il observe le visage de la demoiselle ; encore blême, mais non pas moins délicat et ravissant. « S’il vous faut un peu d’eau, dîtes-moi ». Puis de sa voix rauque et calme, il ajoute : « Les Sept – ou vos Anciens Dieux – nous destinent à des rencontres fort incongrues… Sheerhan Reed ».
Made by Neon Demon
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Invité

Message Sujet: Re: What goes around... Lun 10 Juil - 13:14


What goes around comes around.

Robert Baratheon & Sheerhan Reed



Bien qu’elle est incapable de la nommer et de la décrire, Sheerhan la connaît bien, cette sensation. Oppressée, elle sent l’adrénaline qui sature ses veines, charriée par un sang violemment pompé par un palpitant qu’elle craint au bord de la rupture. Imperceptible, la sueur commence à perler sur son front. Et toujours, la Reed attend, espère que ça passe. Combien de temps a-t-elle gardé les yeux fermés ? Une éternité, il lui semble, mais apparemment pas assez longtemps pour qu’on l’interroge sur cette pratique… En cela, l’arrivée impromptue d’un énième badaud, qui signale sa présence par un raclement de gorge, est une aubaine ! Instantanément, il attire les regards à lui, soulageant la femme des marais d’une pression qu’elle ne supporte pas. Lentement, ses paupières se lèvent pour découvrir, une expression de stupeur remplaçant l’inconfort sur ses traits, Rob. Ou plutôt, Robert Baratheon, comme il est introduit par Ser Ethon. C’est à peine si elle reconnaît le jeune homme qui s’était égaré dans les marais et qu’elle a reconduit à Moat Cailin… Il a l’air, ici et maintenant, tellement différent, tellement loin de l’image qu’elle en a perçu dans le Neck…

Grand, musculeux, à l’épaisse toison d’ébène. Une mâchoire carrée, un menton volontaire, un sourire idyllique, et l’assurance de celui qui sait avoir été gâté par la nature et qui aime en jouer… Cet homme suinte la virilité par chacun des pores de sa peau. Les dames en présence, Sheerhan les voit, se pâment devant lui, battent des cils, minaudent. Elles ne sont plus celles qui lui ont été présentées, volontaires et curieuses, mais ont changé de nature. Elles se veulent coquettes, délicates, souriantes, élégantes et fines, et contrastent d’autant plus avec, recluse loin derrière elles, la Reed, qui peine encore à, simplement, se tenir droite. Les hommes, quant à eux, tentent de rivaliser amicalement. La chaleur, vis-à-vis du souverain d’Accalmie, est palpable, indépendamment de la frustration que son succès chez la gente féminine suscite. Sheerhan, de son côté, les abandonne à leurs salutations et joutes verbales, jeux de cour qu’elle ne maîtrise pas, pour tenter de se rassembler avec elle-même. Sa respiration se veut déjà moins saccadée, malgré le refus de son cœur de se calmer tout à fait. Ça n’ira pas mieux tant qu’elle sera là, de toute façon, et une fraction de seconde, elle envisage de bousculer tout le monde pour prendre la fuite. En fait, sa raison est sur le point de déclarer forfait, de se briser et de laisser son caractère impulsif et irrationnel prendre le dessus quand, tel un phare dans l’obscurité, le bras du Seigneur de l’Orage fend la foule pour se présenter à elle.

Comme elle n’a pas entendu un traitre mot de ce qu’il a déclamé à la foule avant de présenter son bras, la femme des marais a un bref instant d’hésitation durant lequel elle regarde à droite et à gauche, pour s’assurer que c’est bien à elle qu’il s’adresse, et qu’il est bien attendu d’elle qu’elle accompagne Robert. Les traits tirés de frustration des autres dames l’informent que oui. Elle ne réfléchit pas plus et pose une main, rendue frêle parce qu’elle vient de considérer comme une épreuve, et traverse la foule qui se fend pour la laisser passer, et rejoindre son sauveur. Ça n’a duré en tout que quelques minutes, mais Sheerhan se sent plus éprouvée que si elle venait de marcher pendant des lieues sans s’arrêter. Ses jambes la portent à peine, pire encore, la supplient de s’asseoir, menaçant de la trahir si elle ne s’exécute pas. Preuve de son état hautement instable, la femme des marais ne parvient pas à articuler de réponse audible au, pourtant des plus serviables, seigneur de l’orage, se contentant de lui montrer de l’index un banc, à l’écart, qui a eu le malheur de se découper dans son champ de vision.

Pas à pas, menée par Robert, Sheerhan se calme, de sorte à ce que, quand, enfin, son postérieur se pose sur le banc, elle a retrouvé une respiration à peu près normale et sent son cœur d’un peu meilleure volonté, comme consentant à ralentir l’allure. Un petit moment supplémentaire est nécessaire, mais petit à petit, la jeune femme finit par retrouver des couleurs qui lui sont d’avantage coutumières, une pâleur mate, légèrement hâlée. D’un léger mouvement de tête négatif, elle refuse le verre d’eau gentiment proposé, et, une fois qu’elle est en mesure d’articuler, s’autorise un frêle sourire en direction du seigneur de l’orage. « Les Dieux ont toujours un sens de l’humour très particulier… Ne pensez-vous pas que vous traiteriez vos dévots avec ironie également, si vous étiez tout puissant ? » Un peu de légèreté, après autant de tension, lui fait un bien fou… Jusqu’à ce qu’elle se souvienne d’avec qui elle se trouve. Les usages sont stricts en matière de rencontres protocolaires, la liste de choses qu’elle peut faire ou pas est longue et complexe, compte-tenu de la différence de leurs statuts de noblesse… Le moindre impair pourrait mettre sa famille et les Stark dans une position extrêmement délicate, voire fatale… Observer de la réserve, à défaut de bien maîtriser les usages de la cour, serait inspiré. Malheureusement pour lui, ce n’est pas Robert Baratheon qu’elle voit devant elle, mais Rob, le garçon profondément bienveillant et simple qui s’est un jour perdu dans le Neck. Tous les plus merveilleux atours du monde ne parviendraient à déposséder la Reed du si bon souvenir qu’il lui a laissé à cette occasion, à travestir l’image si positive qu’elle a de Rob en quelque chose de plus guindé, protocolaire…

D’un geste de la main, tout en s’écartant un peu pour lui laisser de la place, elle l’invite à la rejoindre sur le banc. « Merci infiniment de votre intervention… Rien ne vous y obligeait, je vous en suis d’autant plus reconnaissante. » Parfaitement sincère, Sheerhan exhale la gratitude… Formuler ses remerciements lui permet d’ailleurs de clôturer cet incident, d’y mettre un point final, et après quelques profondes inspirations supplémentaires, son cœur s’est définitivement calmé et ses couleurs sont à tout à fait revenues. Elle va, indéniablement, beaucoup mieux. Son regard, auparavant hagard, voilé de panique, avait recouvré son pétillant et sa sérénité habituels. En un mot comme en cent, elle est redevenue elle-même. Se faisant, elle est en mesure d’ingérer et de digérer, à retard, les implications de cet échange, même si pour l’heure, elle est bien incapable d’en mesurer les conséquences… Et n’en a pas très envie. Refusant de s’alourdir les épaules de calculs hasardeux qui n’auraient d’autre intérêt que de lui miner le moral, elle se rassemble avec elle-même pour commencer à cuisiner Rob, aka Robert Baratheon… « Vous m’avez menti… » Commence-t-elle par l’accuser, avec une absence totale de conviction. « Par omission, mais vous m’avez menti. Pourquoi ne pas m’avoir dit qui vous étiez directement, donné votre nom complet ? » La crainte de se voir dépouillé, peut-être ? C’est incohérent. Un jeune homme robuste comme lui… Et les Terres de l’Orage et le Nord ne sont pas froid. Sheerhan a beau y réfléchir, elle ne voit aucune raison qui aurait pu expliquer la dissimulation de son identité, alors, pourquoi ?
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Invité

Message Sujet: Re: What goes around... Mar 11 Juil - 21:59

What goes around comes around
Sheerhan & Robert
When you get older, plainer, saner ; when you remember all the danger we came from, burning like embers, falling, tender ; long before the days of no surrender ; years ago and well you know.

Peu à peu, les traits de la jeune Nordienne se détendent ; un joli rose, semblable à l’aube florissante, colore ses joues. Le Baratheon se rassure alors. Il connaît mieux que quiconque les affres et le désarroi éprouvés, le plus souvent après une nuit agitée et accablante. Se réveillant dans la solitude de sa chambre, uni à l’ombre… La mélopée endeuillée de son cœur grondant. De mauvais songes le hantent ; tantôt peccamineux, il contemple un reflet spéculaire de sa personne, déité mortifère et sanguinaire ; en général, un souvenir surgit et éclot, déversant un flot tempétueux qui semble s’écouler de ses yeux. Au crépuscule, il revoit le ciel crevé d’éclairs ; le frêle navire qui se profile dans l’horizon déchaîné, des abysses métamorphosés en espace sépulcral. Il se jette alors dans le remous tonitruant des eaux ; aspiré dans le tourbillon marin, malmené par des courants contraires et furibonds, il sombre lui aussi. Le Cerf tourmenté aperçoit d’autres corps, inertes ; emportés dans le vide de l’océan. Il voudrait crier, se démener… Mais il demeure impuissant : un simple spectateur. Pendant quelque temps, ce cauchemar fut récurrent ; la cause d’un réveil paniqué, souffle court et gorge nouée. Il s’en remet difficilement, d’avoir été orphelin d’un jour à l’autre. Pourquoi ? Pourquoi le priver du visage serein de sa mère, de ses yeux si vifs… emplis d’émotion ; la satisfaction, à l’écoute des prouesses de son fils aîné ; et puis sa voix posée, calme, toujours calme, même quand submergée d’une colère froide. Quand, irritée contre les déboires de Robert, elle formulait ses reproches et ses conseils ; ce ton maternel, compréhensif mais intransigeant. Alors l’adolescent baissait les yeux, timoré : il observait à loisir les fleurs de chèvrefeuilles, délicates trompettes brodées sur sa tunique. Contemplation inconsciente, car l’esprit du garçon était rivé sur les mots articulés, sages, pertinents ; Cassana savait apaiser les ardeurs de son enfant, « bichon » puis « beau Cerf », surnoms délivrés de sa voix… Sa voix si tendre. Il y a également le vide causé par l’absence du père, figure d’excellence. Pourquoi l’avoir abandonné à son sort, aussi peu préparé… ou en tout cas, peu disposé ; Robert croyait pouvoir profiter de la compagnie de son seigneur, pour apprendre de lui et avec lui. Non, non… Et en dépit de son éducation, malgré les conseillers fort avisés et loyaux, le Cerf couronné fut désarçonné. Heureusement, il trouva dans les Montagnes de Lune un lieu salvateur et initiatique, véritable havre de paix pour son cœur chagriné. Et Jon Arryn devint une figure paternelle ; pas un substitut, mais autre chose. Un guide, un ami.

Certains paniquent d’être ainsi mêlés à la foule, fourmilière bourdonnante et indifférente. Parfois même cruelle. D’autres sont hantés par des souvenirs douloureux, qui les laissent troublés et angoissés. Le Baratheon est parvenu à dompter ses démons ; de lui-même, il apprît à récupérer son souffle volé et à ignorer les cris de détresse fabriqués par son imagination, en comptant : un, deux, trois… Jusqu’à des chiffres élevés. Il a réalisé que calquer sa respiration sur un décompte l’aider à retrouver ses esprits. Au début, Robert se croyait faible. « Incapable ». Mais il ne s’est pas découragé. Se livrant à une introspection, il a essayé de comprendre. De se donner le temps. Grandir avec le sentiment de perte ; quelque chose que l’on ne peut oublier ou nier, mais constitutif de sa personne. Il tient sa force de là, de sa faculté à ne pas baisser les bras. La question de Sheerhan sur la volonté divine possède une résonnance toute particulière pour le Cerf. De sa voix basse et avenante, il rétorque : « Ah, je crois que je ferais un piètre Dieu, tout aveuglé de son omnipotence… Je n’hésiterais pas pour déchaîner les éléments : je ferais rugir l’orage, noirci, de toute violence… Le ciel vibrerait d’une colère dorée, zébrée… Brûlante. Je serais assurément soumis à l’appel du sang, charmé jusqu’à l’extase par le chant du fer et de l’acier ». Les mots, prononcés d’un ton neutre, se meurent ; le chevalier lève un regard pensif, contemplant la portée de ses paroles… Des paroles sincères, qui peuvent être mal interprétées par un interlocuteur malavisé ou réducteur. « Sombre perspective, hm ? Mais il en est ainsi. Offrez un peu de pouvoir à un homme, et il se transformera en bête avide ». Le Baratheon laisse son regard errer vers la cour intérieure, considérant les silhouettes au loin. Puis, il adresse un sourire amical à sa compagne : « Ah, pardonnez mes divagations. Loin de moi l’idée d’assombrir cette belle fin de matinée ; le temps n’est-il pas à la fête et aux exploits ? ».

Le souverain de l’Orage prend place aux côtés de Sheerhan. Le dos droit, les épaules relevées, un masque d’impassibilité sur son visage ; il offre une parfaite image du Lord accoutumé aux aléas de la vie courtisane. Mais comme la Nordienne, il n’est pas friand des enjolivures et des courbettes ; il préfère être à Accalmie, entouré des siens. Là-bas, son sourire est sincère ; ses paroles éloquentes, trahissant un cœur loyal et généreux, suscitent le respect et le ralliement. Le Cerf possède cette qualité de pouvoir s’attirer la sympathie de ses amis, comme de ses ennemis. Par sa spontanéité, sa bonhommie et son sens de l’honneur, celui-là hérité lors de son séjour dans le Val. « Oh, ma dame, je vous en prie. Je n’allais pas laisser une demoiselle en détresse… J’aurais fait honte à mon titre de chevalier, hm ? ». Un sourire en coin éclaire les traits du suzerain. « J’ai simplement agi en homme sensé ». Et qu’il soit le seul à avoir remarqué l’embarras de Sheerhan le désole. Sont-ils tous aveuglés par leurs propres masques, ensorcelés par leurs propres voix, pour ainsi ignorer autrui ? À la question accusatrice de la Nordienne, Robert feint d’être choqué. Plaçant une main contre sa poitrine, les yeux ronds, il répond : « Ma dame, moi ? Vous blessez mon cœur par ces paroles cruelles ». Un petit rire passe ses lèvres, puis il reprend son sérieux, teinté d’une pointe de malice. « À vrai dire… Je n’ai pas menti. Pas vraiment. Je vous ai présenté une autre version de moi-même, où se confondent le vrai et le faux, des faits véritables et mes désirs. Délivré du poids des apparences, si vous voulez... Vous me connaissez même mieux que certains de mes sujets ; n’êtes-vous pas chanceuse ? ». Un autre sourire, taquin, suave. « Et puis, si j’étais mesquin, je ferais remarquer que vous n’avez pas non plus décliné votre identité en bonne et due forme. Enfin, je suis bien ravi de croiser à nouveau votre route ; j’ai la confirmation que vous n’êtes pas une fée des marais, se jouant ou sauvant des voyageurs égarés. Maison Reed, hm ? J’ai toutefois menti à propos de votre frère : aucune promesse de rencontre n’a été échangée. J’espère qu’il va bien ? Et vous-même, hormis le « désagrément » de tout à l’heure, profitez-vous du Tournoi ? Je me demande parfois ce que les dames peuvent y trouver d’intéressant, sinon voir et se faire voir… ». Après ces mots, le souverain tempétueux balaie de ses yeux azurés la façade, les détails d’architecture, jusqu’au ciel, renvoyant un reflet similaire à celui bordant ses pupilles. Alors un gargouillis provenant de son ventre résonne. Un sourire amusé – et quelque peu embarrassé – sur son visage, Robert incline la tête en avant, dissimulant ses traits derrière le rideau d’ébène de ses cheveux. « Ah, trahi par mon ventre. Quel preux chevalier… ! Manifestement, la balade matinale a creusé mon appétit ; peut-être m’accompagneriez-vous à la recherche de quelque victuaille ? J’aurai grand plaisir à me sustenter avec vous. Et puis, nous leur donnerons raison à piallier », dit-il d’une voix beaucoup plus froide, et désignant du menton les nobles toujours rassemblés.
Made by Neon Demon
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé

Message Sujet: Re: What goes around...

Revenir en haut Aller en bas

What goes around...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
De Cendres et de Fer :: La Taverne :: Vieux Parchemins :: RP :: RP inachevé-